Se transformer avec méthode

Méthodologie - plan de formations

Benoît Voituriez, vous êtes l’Administrateur général du Ballet Preljocaj qui a lancé, en 2023, un plan d’action pour développer l’éco-responsabilité au sein du ballet. Pouvez-vous nous en dire plus ?

 

Nous voulions traiter cette problématique, mais ne savions pas comment l’aborder. L’activité du ballet repose majoritairement sur les tournées : plus de 120 dates par an en France et beaucoup à l’international avec des équipes nombreuses. A priori, cela induit pas mal de handicaps sur ce sujet de l’éco-responsabilité et ça interroge quelque chose d’essentiel qui est l'économie de la structure. Donc si on ne prend pas les choses avec méthode, on casse l'outil très rapidement.

Monique Barbaroux (vice-présidente du ballet), qui était référente au ministère de la culture sur ces questions, nous a grandement aidés à structurer notre démarche.

 

Quelle méthodologie avez-vous privilégié ?

On s’est orienté vers un appui conseil RSE avec l'Afdas. Comme nous étions déjà bien avancés - du fait de notre rapport avec nos danseurs permanents - sur l’insertion professionnelle, la formation, la reconversion, la santé, l’accompagnement a été axé en priorité sur les questions environnementales. Ipama et Laurence Perillat nous ont accompagnés. Laurence avait déjà travaillé avec des structures aixoises comme le GTP ou le Festival d’art lyrique, elle connaissait donc bien l’écosystème local et ses parties prenantes.

Nous avons organisé 3 temps collectifs avec 30-35 personnes sur un effectif de 60 permanents : toute personne intéressée – quel que soit son poste ou son métier – et des personnes clefs sur le sujet par leur fonction au sein du ballet.

En 5 mois (de février à juillet 2023), nous avons formalisé avec l'ensemble des équipes un plan d'action en 40 points qui implique à la fois la gouvernance, le conseil d’administration, ainsi que les différents secteurs. Il y est question des productions et des tournées, de la communication et de la gestion quotidienne de la structure avec les déchets, les bonnes pratiques...

 

Comment cette démarche a-t-elle été perçue par vos équipes ?

On a pu observer des effets de génération : les plus jeunes s'intéressent de façon naturelle et légitime à ces sujets. Pour certains métiers, une remise en cause de leur fonctionnement et une inquiétude sur les conséquences des changements à mettre en œuvre se sont révélées. Mais finalement un mouvement assez collectif s’est mis en place.

 

Comment avez-vous procédé pour lever les freins, remettre les enjeux à leur juste place et dans une perspective incitative ?

Un élément important dans l'analyse a été de repérer et prendre appui sur les aspects positifs, les pratiques vertueuses déjà en place. De se dire qu’on ne part pas de zéro et s’appuyer sur l’existant permet de mettre un peu moins de pression, même si on se rend compte qu'on est confronté à des réalités.

Je pense notamment à l’action culturelle que nous menons dans un rayon d'1h30 autour d'Aix et qui permet de faire intervenir des danseurs dans la journée sans entrer dans une logique de tournée.

Idem pour la communication. Depuis 2 ans on a remplacé la plaquette de saison un peu prestigieuse sur papier glacé par des documents plus légers, et pour aller plus loin on est passé aux QR codes pour les feuilles de salle.

Néanmoins il est important de prendre conscience que l'on n'est pas seuls et qu'il y a des parties prenantes à chaque étape, que ce soit sur la diffusion avec la question du rapport au lieu, les freins à la mise en place de tournées régionales qui restent encore considérables sur la question de l'exclusivité… Réaliser qu’on ne peut pas avancer seul, qu’on fait partie d’un écosystème quel que soit le champ d'activité, c'est aussi un travail collectif.

 

Dans ce plan d’action, vous avez notamment élaboré un plan de formation. Sur quoi porte-t-il ?

Nous avons bénéficié du plan « agir en faveur de la transition écologique » de l’Afdas pour un panel de formations qui se mettent en place au premier semestre 2024.

Un module sur « les gestes écoresponsables » s’adresse à la fois aux personnels assez éloignés de ces problématiques et aux décisionnaires sur la gestion quotidienne du lieu. Un autre module concerne la « communication responsable ». Une formation « faire le reporting de ses actions RSE » implique de façon transversale les services communication, production et administration… Enfin, un module porte sur comment « intégrer le développement durable dans sa pratique managériale » à destination des responsables de service.

Dans un second temps, on sollicitera un autre appui conseil sur la gestion du numérique dans sa globalité. On utilise beaucoup de logiciels de planning, de logiciels techniques, et le numérique impacte également la communication. Pour cela, nous avons besoin d’un regard davantage expert dans ce domaine.

 

Comme évoqué plus haut, l’économie du ballet repose sur les tournées. S’il s’agit de repenser comment tourner, quel travail avez-vous initié en ce sens ?

L'objet n'est pas de dire qu'il ne faut que des solos pour tourner dans le futur, mais que de tourner avec des effectifs importants a encore un sens. Quelle véritable réflexion, quel sens donner à ces tournées, dans quel équilibre à la fois économique et environnemental ?

Nous avons contacté David Irle, éco-conseiller dans Le bureau des acclimatations. Il ne s'était pas encore penché sur la question des tournées à effectif conséquent et ça l'intéressait. Sa proposition n’est cependant pas de proposer un accompagnement individuel au Ballet mais de modéliser l'évolution nécessaire de l'économie des structures porteuses de tournées importantes.  Faire en sorte que l'un des axes de cette étude dépasse notre propre cas et puisse servir à d'autres.

L’idée est donc de regrouper 3 structures pour mener une étude spécifique pour concevoir les tournées de spectacle vivant à effectif de 20 à 35 personnes. Cet accompagnement concernerait le Ballet Preljocaj, le ballet Malandain de Biarritz et l’ensemble Correspondances, qui fait déjà des tournées à vélo.

Nous sommes en cours de discussion sur le périmètre de l’étude et du financement, entre-autre pour la récolte des données. Nous pourrions réunir un budget avec l’Association des Centres Chorégraphiques Nationaux qui a une mission du ministère de la culture pour modéliser des bilans carbones sur différentes typologies d’acteurs.

Ce qui nous satisfait dans une telle démarche, c’est que cette étude dépasse notre propre cas et peut servir à d’autres prescripteurs de tous ces enjeux, à modéliser des pratiques et à intégrer qu’il ne s’agit pas de renoncer à tourner, mais de tourner autrement. En fait il s’agit de « desserrer la contrainte » car nous sommes sur un modèle économique où certaines dates sont acceptées dans le cadre d’une contrainte de résultat. Comment alors ne pas tomber dans de l'enchaînement de tournées sans véritable réflexion sur ce qu’est une tournée ?

Voilà où nous en sommes. Il est vrai que nous avons un peu voulu faire un pas de côté et vraiment partir de notre spécificité économique pour, déjà, la protéger, ou en tout cas pour maîtriser son évolution.

Voir aussi
Le Référentiel Écolo