Calibrer ses consommations d’énergie

Sobriété énergétique

Aurélie Berducat, direction communication et développement, revient sur les nouvelles pratiques de rationalisation de la consommation électrique lors des deux dernières éditions du festival « Le Bon Air ». Un témoignage croisé de Bi:Pôle - So Watt?!, Marseille.

 

Vous vous êtes lancé en 2022 dans un plan de réduction de vos consommations en énergie. Pouvez-vous nous dire quel est votre objectif final ?

Aurélie Berducat : Ce qu’on a en tête c’est imposer, dès la phase de négociation, des fiches techniques aux artistes : leur mettre à disposition une certaine quantité d’énergie pour jouer, les sensibiliser sur le type de matériel qu’ils demandent en backline, ne pas être gourmand en light et en scénographie. C’est bien sûr toujours plus facile d’imposer ce genre de mesure à la scène locale qu’à des têtes d’affiche. Néanmoins on remarque que les artistes que l’on programme sont assez réceptifs et ont aussi envie de faire leur petite part.  

 

Quel a été votre premier pas dans ce plan d'action ? 

Aurélie Berducat : Pour l’édition 2022 du festival, Benoît Rousseau, notre directeur technique, voulait être conscient de ce qu'on était capable de dépenser en termes d’énergie. On s'est donc appuyé sur les compteurs de la Friche Belle de Mai pour faire les mesures avant le festival (pendant le montage), puis juste avant les balances et jusqu’à la fin du festival. Les résultats étaient attendus : c’est la grande scène qui consommait le plus, ainsi que le live.  

L’an dernier également, nous avons expérimenté une réserve d’énergie contrainte sur notre scène secrète qui est équipée d'une sonorisation autonome et solaire.  L’idée était de dire aux artistes qui viennent sur cette scène : la batterie est calibrée pour tenir toute la nuit, économisez-la, soyez conscients que quand ça s'arrête, ça s'arrête ! Le premier soir, les artistes ont pu jouer jusqu’à la fermeture, seulement les nuits suivantes, ils ont commencé à l’utiliser davantage en y rechargeant leur portable par exemple... et la scène s’est arrêtée avant la fermeture.  

 

Comment avez-vous avancé ? 

Aurélie Berducat : L’objectif pour l’édition 2023 était d’aller plus loin dans les mesures, être en capacité d’analyser les consommations scène par scène, identifier les flux de son, les flux de lumière.  

On avait rencontré l’équipe de So Watt?! en 2022 et découvert leur boîtier de mesure. Nous avons donc voulu, avec Benoit, expérimenter le dispositif sur l’édition 2023 du festival qui s’est tenu en juin, toujours à la Friche la Belle de Mai. 

 

So Watt?! : comment ça marche ?  

Cédric Claquin : So Watt?! est né de la rencontre entre plusieurs professionnels du spectacle notamment MobilVolts et Jarring Effects dont le projet est de développer des solutions pour accompagner la transition énergétique du spectacle, notamment un simulateur de consommation énergétique des spectacles. Le projet est actuellement en phase d’expérimentation et de collecte de données et c’est dans ce cadre que nous avons accompagné Bi:Pole pour leur édition 2023 du festival Le Bon Air.  

Le dispositif de mesure a été déployé sur la scène principale du festival : La Cartonnerie. Nous avons installé des armoires électriques munies de multiples sorties de diverses tensions ajustées au besoin de la scène. Dans le boîtier, les câbles sont équipés de capteurs qui permettent de mesurer, en temps réel, les valeurs et les intensités effectives qui y transitent. 

Toutes les données récoltées ont ensuite été transmises à Bi:Pole pour analyse, mais également été intégrées à notre base de données pour alimenter le simulateur en cours de développement.   

 

Et maintenant, c’est quoi la suite ?  

Aurélie Berducat : A nous donc maintenant d’analyser les données fournies par So Watt?!. Pour cela nous allons mettre autour de la table les ingénieurs son, lumière et les équipes techniques afin de corréler la consommation d'énergie aux usages et matériaux utilisés puis identifier des usages/matériaux vertueux ou énergivores. 

A partir de cette analyse, nous devrions être en mesure de voir ce qui peut être amélioré ou pas et adapter notre dispositif pour l’édition 2024. Ce n’est qu’à l’issue de l’édition de l’année prochaine que nous serons en mesure de dire ce que nous avons effectivement économisé en termes de consommation d'énergie.

Voir aussi
Le Référentiel Écolo