Vers un éphémère durable

Sobriété énergétique

Chloé Béron, vous êtes co-fondatrice et directrice du CIAM, le Centre International des Arts en Mouvement et vous vous lancez dans un projet de recherche et développement pour réduire l’impact du système de chauffage de vos chapiteaux. Pouvez-vous nous raconter l’origine et l’état d’avancement de ce projet ?

 

Au CIAM, nous traitons la question de l’écologie depuis de nombreuses années, tous les salariés ont été sensibilisés par le biais d’une fresque du climat, nous avons participé aux LaboPro d’Arsud, nous faisons partie du Collectif des festivals écoresponsables et solidaires et nous venons de développer un système innovant pour ne plus utiliser d’eau dans nos toilettes… Bref, le sujet de la transition écologique traverse notre activité.  

Et pourtant, nous avons 5 chapiteaux, tous chauffés au fioul, ce qui est pour nous une véritable distorsion de valeur. La problématique est certes écologique, mais elle est également économique. Sans solution de prime abord, nous avions même émis l’idée de renoncer à l’utilisation des chapiteaux.  

 

Mais vous ne l’avez pas fait. Pourquoi pensez-vous qu’il est important de conserver ce format « chapiteaux » ?

La première raison, qui pour moi est la plus importante, c’est le potentiel de création artistique sous chapiteau. C'est un des rares endroits où on adapte le contenant au contenu, nous avons différentes tailles de chapiteau en fonction des compagnies. Il y a aussi la force du circulaire. Je suis profondément convaincue qu'il y a énormément à inventer dans ces boîtes-là.

La deuxième raison est que le chapiteau, c'est la culture du dernier kilomètre. Il y a des territoires sans aucune salle de spectacle. Et avec la loi zéro artificialisation des sols, nous ne pourrons plus étanchéifier de nouveaux terrains. Le chapiteau est la dernière salle de spectacle qu’il est possible de déplacer partout.

Et puis le chapiteau a certes un impact négatif sur les sols pendant son temps d'usage, mais celui-ci reste éphémère.

Bref, nous devions trouver une solution pour conserver ce format, mais nous ne pouvions la trouver seuls et c’est là que le projet a émergé, d’une forme d’alignement de planètes.

 

Alors votre deuxième planète, qu’elle est-elle ?  

Il se trouve que nous collaborons depuis 2018 avec Altran, aujourd’hui Capgemini engineering  une filiale du groupe Capgemini (leader mondial de Conseil en ingénierie et en développement), à travers du mécénat de compétences. Notre collaboration a commencé par une étude de la circulation des publics sur notre terrain pentu et vallonné, ensuite pour le design d’un réseau wifi, puis sur l’impact du port du masque chez l’artiste de cirque en répétition pendant le COVID.

En 2020 pour l’artiste Éric Longecquel de la Cie EAEO qui voulait faire du jonglage en apnée dans le spectacle « Les fauves », Altran nous a aidés à concevoir un aquarium en mesure de partir en tournée et de garantir la sécurité du public et de l’artiste. Altran a su répondre à toutes les contraintes avec un coût final inférieur au budget prévisionnel.  

 

Et la troisième planète ?

La 3ème planète est celle de France 2030 et de l’appel à projet « Alternatives vertes pour les industries culturelles et créatives ». Ce sont de gros projets jusqu’à un million d'euros sur 3 ans avec un cofinancement minimal de 30 à 50 %. En collaborant avec Capgemini, en plus de l’expertise apportée, nous avons pu valoriser le mécénat de compétences en jours/hommes comme un apport partiel en cofinancement. Nous avons écrit et présenté ensemble la réponse à l’appel à projets. Eux, sur la méthodologie d’ingénierie, nous sur la connaissance du secteur et de ses enjeux.

 

Comment allez-vous travailler avec Capgemini ?

C’est un projet de recherche sur 3 ans pour lequel nous nous sommes engagés à réaliser un prototype. Nous cadrons les phases dans la logique sectorielle et Capgemini cadre l’organisation des phases. Nous avons des comités de suivi technique hebdomadaires et des comités mensuels avec les dirigeants pour s’assurer que le lien s’établisse correctement. De notre côté, nous faisons le lien avec l'écosystème. Nous allons recruter un.e chef.fe de projet pour porter en grande partie ce projet, mais aussi garder un œil sur d’autres projets innovants, notamment autour des économies d’eau en Provence.

 

Quelles sont les trois différentes phases du projet ?

La première phase commence par un état des lieux sur le chauffage des structures éphémères en consultant le secteur culturel, l'événementiel mais aussi l'industrie pour lister les expérimentations, les tentatives empiriques et avoir une base de réflexion solide. Parallèlement, nous lançons un état des lieux de toutes les technologies permettant de chauffer et qui sont aujourd'hui exploitables.

La deuxième phase résulte du constat que notre secteur circassien n'est pas très riche et que les structures ne vont pas pouvoir du jour au lendemain remplacer leur chauffage au fioul par un meilleur équipement. Cette phase technique étudiera la possibilité d’une réduction de consommation à production de chaleur équivalente (répartition de chaleur, individualisation de la production, etc) puis en étudiant les possibles avec un moyen autre que le fioul, pour générer un prototype qui soit industrialisable à moyen terme.

La dernière phase est celle où nous nous permettons de rêver. Nous voudrions aller vers des solutions disruptives pour la création d'énergie. Si nous n’avions pas la contrainte d'industrialiser d'ici 2030, vers quoi irions-nous : des toiles photovoltaïques, des architectures de chapiteau différentes… ?

 

Ce qui rend aussi le projet très intéressant, c’est qu’il ne concerne pas que les chapiteaux de cirque…

Les chapiteaux font partie de la famille des tentes et des structures de l'événementiel. Les hangars industriels sont aussi de grandes passoires thermiques et les studios de cinéma sont souvent dans de grands hangars. L’objectif est donc que cette solution trouve différentes applications, qu’elle puisse se diffuser largement et répondre à toutes ces problématiques. Faire les choses pour soi, c’est bien, mais si on peut offrir des solutions à toute la société, c’est mieux.

 

 

 

Voir aussi
Le Référentiel Écolo