Vers l'autonomie énergétique

Sobriété energétique

Bonjour Vincent Chiron, vous êtes le directeur technique du Festival de Marseille et vous utilisez, depuis 2021, un système électrique autonome et alimenté à l’énergie solaire pour vos « ateliers grands formats ». Pour proposer ce système, vous avez créé un partenariat avec PikiP, représenté ici par Julien Feuillet.

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur l’origine du projet ?

Vincent : Le festival de Marseille est un festival d’art avec de multiples formes, dont une des particularités est de proposer, entre autres, de l’itinérance, en extérieur et dans l’espace public.

A l’origine, le premier besoin a été technique. En l’absence d’alimentation électrique en espace public, on s’est orienté vers des alimentations sur batterie. Ensuite est apparue la notion forte de RSO sur laquelle le Festival de Marseille s’est engagé et dont la partie technique était un axe stratégique fort. On est donc passé d’un besoin technique à un besoin de sobriété énergétique et c’est à ce moment qu’on a croisé « PikiP », une solution qui répondait à l’ensemble de nos attentes.

 

 

Quand et comment s’est faite cette rencontre ?

Julien : On s’est rencontré au printemps 2021. Le projet PikiP a commencé en 2016, c’était à la base un projet un peu farfelu d’ingénieur dans sa cave, la fusion de deux disciplines que sont l’électroacoustique (la conception des enceintes) et l’énergie. A la base, nous proposons des systèmes alimentés par des panneaux photovoltaïques, mais nous avons tout de suite compris qu’il fallait travailler le rendement pour répondre aux exigences des professionnels et être plus écologique.

Cependant, nous avons constaté qu’un système de sonorisation standard consomme trop d’énergie pour avoir une puissance acoustique significative avec une autonomie de plusieurs heures. Or, proposer un système qui s’alimente avec de grandes quantités de batterie et de panneaux solaires n’était pas satisfaisant. Il fallait donc développer un système moins énergivore ; challenger son rendement pour faire le même son avec moins d’énergie.

Nous nous sommes inspirés de systèmes du passé, des enceintes des années 50 (les voies du théâtre) qui avaient très peu d’énergie d’amplification et avons travaillé durant le COVID… Il fallait étoffer notre gamme pour la présenter aux professionnels. C’était en mai 2021.

 

 

Quels sont les avantages à utiliser cette innovation ?

Vincent : Le système déployé par PikiP répondait à notre besoin d’autonomie énergétique et à notre objectif de réduire notre consommation. Nous utilisons la PikiP Booth qui est à la fois pratique, autonome et polyvalent. Le système de diffusion est sur roulette, il intègre le panneau solaire en toiture et toute la gestion d’énergie en partie basse. Il faut une minute pour l’ouvrir, et il est possible de jouer dessus tout de suite. On a même de quoi alimenter électriquement une cafetière et un petit coin un peu cosy pour l'artiste dans une loge.

On ne sollicite plus les services de la ville pour avoir accès à des alimentations électriques.

On a moins besoin de techniciens,ce qui nous permet d’utiliser notre personnel à des tâches plus intéressantes que de tirer du câble, sur de l’accueil public par exemple.

Et en plus, le chariot étant très beau, nos amis de la communication, ainsi que les gens qui prennent les photos, sont hyper fans de nos images.

On l’a fait jouer au parc Longchamp, au parc de François Billoux à la Sucrière, à la marie du 14ème arrondissement… On a même utilisé le système pour la fête de fin du festival qui se déroule dans le hall de La Criée, car il est plus sobre en énergie que l’alimentation électrique de la scène nationale.

 

 

Comment cela se passe quand on travaille avec PikiP ?

Julien : Dans le temps de préparation de l’événement, on oriente, on questionne ce qui va être branché, on peut aussi être force de proposition quant au type de matériel à utiliser, par exemple. Pendant l’utilisation, nous pouvons suivre les courbes de consommation et de production, ce qui me permet d’anticiper d’éventuels soucis à distance. Et à la fin de l’événement, on propose des bilans énergétiques. Pour le grand format du Palais Longchamps, la consommation équivalait à une fournée de cookies : une heure de four, thermostat à 180 degrés.

 

 

Alors, maintenant, c’est quoi la suite ?

Julien : On fait évoluer la gamme PikiP en fonction des retours des utilisateurs et c’est un plaisir de travailler avec quelqu’un comme Vincent, qui prend un certain plaisir à façonner des événements où la consommation va être raisonnée. C’est ça qui nous fait progresser.

 

Vincent : Au festival de Marseille, on a évidemment des ambitions d'aller plus loin. Quand on parle d'ateliers grand format, c'est très flexible, on est sur un dispositif léger, c’est facile. Mais mon objectif est de proposer cette alternative sur une création de danse telle qu'on en fait au sein du Festival de Marseille. Et là, il y a un paramètre artistique important. Il faut donc nécessairement mettre un troisième interlocuteur à mettre dans la boucle : l’artiste lui-même. Et tout cela prend du temps…

Le temps de convaincre car dans les métiers de la danse, peut-être plus que dans la musique, les gens ont leurs habitudes de marques, d’angle de diffusion, de façon de travailler, du matériel technique utilisé… Or là, il faut leur demander de réduire leurs besoins, les amplitudes de travail - du moins de les aménager. C’est du temps de discussion et de débat que je dois intégrer entre le moment où je reçois les fiches techniques et le festival. Cela demande de revoir les plannings de production. 

Je voudrais également pouvoir imposer un nouveau paramètre qui est la consommation énergétique : proposer une réserve électrique notamment, et quand elle est atteinte, on s'arrête et on travaille autrement.

Voir aussi
Le Référentiel Écolo