La culture comme moteur de transition
À Mouans-Sartoux, la culture n’est pas un simple domaine d’expression artistique, mais un levier pour repenser les pratiques locales et engager la ville dans une transition écologique concrète et spécifiquement en termes d’alimentation durable. Vincent Corbier, Directeur des affaires culturelles, explique comment cette vision s’articule autour de trois axes indissociables : la politique municipale globale, la politique culturelle, et l’accompagnement des acteurs culturels. Une approche systémique, où chaque action s’inscrit dans une dynamique collective et cohérente.
D'où et depuis quand vient cette volonté d’une action en termes d'alimentation portée par la ville ?
Tout part de la crise de la vache folle en 1998 : plus de bœuf dans les cantines, et la ville se demande comment faire autrement. On se met à chercher des solutions, comme le bio, et surtout, on réalise qu’on peut agir.
Le maire de l’époque, devenu député, travaille sur le sujet et contribue à la création de l’Agence nationale de sécurité sanitaire. Pendant ce temps, le Festival du Livre, qui existe depuis 1988, invite des penseurs comme Pierre Rabhi ou Naomi Klein. Pour les élus, c’est une vraie source d’inspiration, une sorte d’université où on apprend à voir plus grand.
Quand le Grenelle de l’environnement fixe en 2008 un objectif de 20 % de bio dans les cantines, Mouans-Sartoux décide d’en faire un point de départ, pas une limite. Avec ces idées, ces rencontres et cette volonté, la ville se lance dans un projet alimentaire ambitieux, bien au-delà des standards, avec une seule direction : le 100 % bio.
Comment passer au 100 % bio dans les cantines scolaires sans augmenter les coûts ?
Pour y arriver, la ville a joué sur plusieurs tableaux. D’abord, en s’attaquant au gaspillage : en analysant les assiettes, on s’est rendu compte que 30 % des aliments finissaient à la poubelle. En ajustant les portions et en suivant de près les déchets, le gaspillage a été réduit de 90 % en deux ans. Résultat : une économie de 0,20 € par repas, réinvestie directement dans l’achat de produits bio.
En parallèle, les menus ont été repensés pour intégrer davantage de repas végétariens, moins chers et plus sains. Même les restes sont valorisés : les fruits non consommés deviennent des tartes ou des compotes.
Quels sont les principaux défis que vous avez eu à relever ?
Trouver des producteurs bio locaux n’a pas été simple. Comme les marchés publics sont très cadrés et que l’offre était insuffisante sur la Côte d’Azur, la ville a décidé de prendre les choses en main : création d’une régie agricole municipale sur un terrain communal, et embauche d’un « fermier municipal », un poste qui n’existait même pas dans la fonction publique. Aujourd'hui, la ville est à 98% en bio issu de la régie.
Comment la politique culturelle s’empare de ces questions ?
À Mouans-Sartoux, la politique culturelle va bien au-delà de la simple organisation d’événements. Sa raison d’être est de créer du lien entre les habitants, faire en sorte qu’ils soient acteurs de leur ville et les accompagner dans une démarche vers la citoyenneté. Chaque projet développé par les services municipaux en lien avec les artistes et les habitants cherche à intégrer une dimension écologique et sociale.
Ainsi, après l’avoir rencontré lors du Festival du livre, on travaille avec Gilles Clément pour l’extension du parc du château. Les rencontres organisées par la médiathèque, où l’alimentation durable est régulièrement abordée, sont organisé avec le service alimentation.
Il y a 7 ans, la ville a acquis un vieux four à bois et c’est le service culture qui s’en est saisie pour recréer un projet autour du pain et une réappropriation mais en lien avec les autres services. On a travaillé avec l’artiste Martin Mey à tout un travail de collectage sur la parole d’agriculteurs, de jardiniers.
Et comment la ville accompagne les acteurs culturels, le Festival du Livre notamment ?
Au festival du livre, les repas des auteurs sont achetés par l’association organisatrice à la municipalité, bénéficiant ainsi d’un accompagnement complet : choix de prestataires engagés, respect de la saisonnalité, gestion optimisée des déchets.
La ville ne se contente pas de mettre à disposition ses infrastructures — cuisines, vaisselle lavable, expertise en gestion des déchets — elle guide aussi les organisateurs vers des choix plus durables, en privilégiant la saisonnalité et la réutilisation des ressources.
Pour éviter tout gaspillage, les invendus sont systématiquement valorisés. Le CCAS et l’association
« Une soupe, un sourire » récupèrent les invendus du festival pour les redistribuer lors de maraudes ou approvisionner l’épicerie sociale.
Quels sont vos projets pour la suite ?
Aujourd’hui, la politique culturelle de Mouans-Sartoux va plus loin en accompagnant activement les associations dans leurs projets événementiels. Le projet est de travailler main dans la main avec les directions de la vie associative et de l’alimentation pour apporter un appui concret aux associations, en intégrant systématiquement les enjeux écologiques et sociaux dans chaque projet.